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PLANS DE SAUVETAGE DE LA ZONE EURO. Par Mory Doré Retour précis et détaillé sur les plans de sauvetage depuis mai 2010 des pays en graves difficultés budgétaires au sein de la zone Euro. Comment sont mobilisés ces dizaines de milliards d'euros ? A quoi sont-ils destinés ? Et surtout, ces sommes sont-elles suffisantes pour restaurer les finances publiques et stabiliser les systèmes bancaires de ces pays ? Le meilleur exemple de manque de transparence et de pédagogie reste la confusion qui règne quant aux plans d’aide à coup de dizaines de milliards d’euros depuis 1 an, pour satisfaire à court terme les problèmes de liquidité de certains pays de la zone Euro, et non pour résoudre leurs problèmes structurels de solvabilité. On doit savoir que les pays insolvables de la zone euro le sont parce qu’ils ont une spécialisation productive qui ne peut générer que des déficits extérieurs. Pas de spécialisation dans les secteurs industriels d’exportations ou dans les services exportables, mais des économies exclusivement spécialisées dans les services non exportables. Ce qui veut dire qu’il y a endettement structurel du secteur privé ou du secteur public ou des deux. Profitons-en pour faire un rapide retour sur ces plans de sauvetage depuis mai 2010 |
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L’Union européenne et le FMI accordent un montant total de 110 milliards d’euros (€ 110 Mds) étalés sur 3 ans et remboursables à l’origine sur une durée de cinq ans et demi. Naturellement ce soutien est conditionné à la mise en place d’une politique budgétaire restrictive et d’une politique de croissance visant à créer les conditions d’une plus grande compétitivité. Comment ? On ne le sait toujours pas. |
Donc depuis mars 2011, les conditions tarifaires ont été revues à la baisse avec une marge réduite de 100pb et la maturité des engagements a été allongée à 7 ans et demi. On est donc très clairement en face d’une situation de quasi-faillite que l’on résout par des soutiens en liquidité et en aménagement des concours octroyés. On va voir que l’on rejoue le même scénario aujourd’hui en étudiant des solutions un peu plus sophistiquées mais qui ont comme même objectif de repousser dans le temps les problèmes. Pourquoi pas pour certains qui pensent cyniquement que d’ici là (quand exactement, personne ne sait), ils ne seront plus aux commandes ou qui pensent que naïvement on aura retrouvé des sentiers de croissance générateurs de recettes fiscales, comme si cette croissance se décrétait. |
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Le plan de sauvetage irlandais totalisait € 85Mds. € 35Mds étaient destinés à recapitaliser les banques irlandaises, lesquelles avaient réussi à passer sans souci majeur quant à leur solvabilité les stress tests quatre mois plus tôt (édifiant, n’est ce pas ?). Sur ce montant, € 10Mds devaient être utilisés immédiatement pour assurer la survie des principales banques du pays et € 25Mds devaient être adossés à un fonds de réserve. On peut dire que dès fin mars 2011, ce fonds de réserve sera complètement siphonné puisque l’on découvrira (ou plutôt on fera semblant de découvrir) que les 4 principaux établissements du pays, Allied Irish Bank, Bank of Ireland, EBS et Irish Life & Permanent, ont besoin d’un complément de recapitalisation à hauteur de € 24Mds. Des stress tests sur mesure feront en effet ressortir que les pertes cumulées des 4 banques d’ici la fin 2013 pourraient s’élever à € 20Mds dans un scénario central et à € 27.7Mds dans un scénario plus adverse. Et tout cela sans compter les actifs pourris détenus par les banques irlandaises et devant être transférés à une structure de defeasance appelée NAMA d’ici à fin 2011.
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Les € 50Mds restants du plan étaient pour leur part destinés à permettre à l’Etat irlandais de couvrir des besoins budgétaires colossaux. En termes plus directs, cela veut dire, comme pour la Grèce, faire face à ses remboursements d’emprunts sur les 2 à 3 prochains exercices et apurer le déficit budgétaire abyssal de l’année précédente (évalué à 32 % du PIB en 2010 !!). Afin de ne pas rendre insoutenable les charges d’intérêt du pays, les conditions de financement ont été là aussi bonifiées, avec un taux moyen se situant autour de 5,8% l’an. |
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Dans le cas du Portugal, le plan d’aide porte sur 78 milliards d’euros apportés sur une durée de 3 ans et pour une période de remboursement flexible entre 4 ans et demi et 10 ans. L’union européenne prêtera, quant à elle, les 52 milliards d’euros restants dans le cadre du FESF (Fonds Européen de stabilité financière) avec un taux d’intérêt référencé sur l’EURIBOR 3 mois plus une marge de 200 bp pour les prêts inférieurs à 3 ans, et de 300 bp au delà.
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Naturellement, cette aide est là aussi conditionnée à la mise en œuvre d’une véritable discipline budgétaire et fiscale et de réformes structurelles nécessaires à la dynamisation de l’économie. Comme pour les deux autres pays, on en reste sur cette conditionnalité à des déclarations de principes puisque les institutions européennes butent toujours sur la contradiction suivante: une politique monétaire commune et autant de politiques budgétaires que de pays composant l’Union monétaire. Comme dans le cas irlandais, ces aides ne servent pas seulement à la couverture des besoins budgétaires de l’Etat, c’est-à-dire principalement le remboursement des tombées d’emprunts sur les 3 exercices à venir, mais aussi à recapitaliser un système bancaire bien mal en point. Ainsi 12 milliards viendront renforcer les fonds propres des banques portugaises et 35 milliards de garanties d’état seront prévus sur des programmes d’émissions d’obligations bancaires. |
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Manifestement les 110 milliards de mai 2010 (non encore intégralement débloqués, on le verra) ne suffisent pas. C’est toujours un peu comme cela et ce n’est pas sans nous rappeler les besoins de recapitalisation sans cesse revus en hausse des banques durant la crise financière de 2007-2008. Rappelez-vous ces dirigeants de banques d’investissement US qui venaient présenter aux analystes et actionnaires les montants de dépréciations d’actifs et donc les besoins de recapitalisation de leurs établissements, et qui revenaient la semaine suivante pour expliquer qu’il fallait multiplier par 2 ou 3 les estimations faites quelques jours plus tôt… C’est à peu près ce montant qui est actuellement en discussion entre la Troika UE, FMI et BCE d’une part et les autorités grecques d’autre part, avec une très forte médiatisation sur le nouveau plan draconien d’austérité qui doit être approuvé par le parlement grec d’ici le 30 juin 2011. |
Quoi qu’il en soit, les enseignements à retirer de ces plans successifs et surtout de l’évolution de la situation grecque, ne sont pas là pour redorer le blason de nos dirigeants politiques. Car de deux choses l’une. Soit l’on est incapable d’estimer même grossièrement les besoins budgétaires de l’état que l’on dirige, et alors c’est inquiétant. Soit l’on sous-estime volontairement les déficits et donc ces besoins, et c’est très grave. Troisième question. Ces milliards mettent-ils à l’abri les systèmes bancaires de ces pays en cas de besoin de recapitalisation urgente ? |
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A vrai dire, ces sommes ne pourraient venir que de trois sources. Le Mécanisme Européen de Stabilité Financière (MESF) devrait prendre le relais du FESF à partir de la mi-2013. La capacité de prêt effective sera de 500 Mds d’euros pour un capital de 700 Mds d’euros, assurant ainsi un coussin potentiel de 40 % à la facilité. Ce niveau de sur-collateralisation devrait permettre au MESF d’obtenir la note AAA. Sur ces 700 Mds d’euros, 80 Mds seront effectivement émis par le nouveau véhicule et les 620 Mds restants seront composés de garanties et de capital non-souscrit, et seront utilisés en cas de stress sur les finances publiques de certains états en difficultés. |
Troisième source également utilisée pour le financement des plans de sauvetage, la mobilisation de ressources « monétaires ». A la différence des ressources empruntées et donc émises sur les marchés par les véhicules décrits ci-dessus, ces ressources existent déjà et sont potentiellement utilisables puisqu’elles sont assises sur les droits de tirage spéciaux du FMI. On sait que chaque pays dispose au FMI, en fonction de son poids économique, de ce que l’on appelle les Droits de Tirage Spéciaux (DTS). Ces droits ont été crées en 1969 pour jouer un rôle de réserves de change additionnelles pour les états. Ainsi l’Allemagne dispose de 13 Mds de DTS, la France de 10.7 Mds et pour l’ensemble de la zone ce montant s’élève à 50.4 Mds de DTS (soit avec une parité aujourd’hui autour de 1.15 € pour 1 DTS, un total de € 58 Mds). Il existe une règle qui fixe à 10 fois les quotas la limite de financement, cela signifie que l’ensemble de la zone Euro a théoriquement la capacité de lever jusqu’à € 580 Mds. Pour les pays aidés, on peut dire que cette règle a été largement utilisée. Tout cet argent émis ou tiré sur des quote-parts est généralement distribué au fil de l’eau avec un suivi de la mise en œuvre des réformes structurelles et de l’assainissement budgétaire. Par exemple, pour la Grèce l’aide européenne du plan de mai 2010 prend la forme de prêts uniques gérés par la Commission Européenne avec des décaissements trimestriels. Aujourd’hui, la Grèce a déjà touché 53 milliards d’euros du plan de 110 milliards. Et, avant même la finalisation d’un nouveau plan d’aide, l’actualité porte aujourd’hui sur le déblocage prévu au départ ce mois de juin par la zone euro et le FMI de 12 milliards d'euros, correspondant à la cinquième tranche du prêt accordé au pays en mai 2010. |
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Les politiques ont souvent évoqué la possibilité d'un soutien illimité aux pays en difficulté. Tout ceci n’a de sens que si ces pays doivent faire face à une simple crise de liquidité. Par contre si un pays insolvable reçoit un soutien "infini" de la part d'investisseurs publics, il reste insolvable. La crise est seulement repoussée dans le temps. Pour succéder au FESF en 2013, les gouvernements de la zone euro veulent s’orienter vers la création de ce MESF, sorte de « FMI européen », capable de prêter aux pays des montants très importants puisque ses ressources sont monétaires et non empruntées sur les marchés obligataires comme celles du FESF (il s’agit encore et toujours d’acheter du temps mais en quantité de plus en plus conséquente). |
En tout cas, ce qui est connu précisément aujourd’hui auprès de sources officielles, ce sont les besoins d’emprunts des pays périphériques en difficulté budgétaire réelle ou potentielle sur l’horizon 2011-2013 (2013 correspondant à l’échéance officielle du FESF). · Grèce : € 78 Mds · Portugal : € 25 Mds · Espagne : € 135 Mds · Irlande : € 16 Mds Attention donc à la contagion à l’Espagne compte tenu de sa taille. |
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Les plans de sauvetage ont aussi pour objet d’assurer la stabilité des systèmes financiers nationaux. Cela passe souvent comme en Irlande par la création de « bad banks » pour transférer les actifs toxiques des banques vers des structures étatiques afin de libérer des fonds propres (avec souvent comme sources d’inspiration la Suède, les Etats Unis et le Japon à la fin des années 1980 et au début des années 1990). Des ressources doivent aussi être prévues pour garantir les passifs bancaires (c’est-à-dire les dettes émises par les banques, voire l’interbancaire emprunté sur les marchés). Il est naturellement difficile d’estimer les impacts de krachs financiers sur des dépréciations d’actifs de banques fragiles donc sur leurs besoins de recapitalisation supplémentaires inattendus. Mais quand bien même l’on aurait mis en place des stress tests crédibles, la vraie question est aujourd’hui de savoir si les états budgétairement les plus fragiles seraient capables de venir sauver à nouveau leur système bancaire national, à l’instar de ce qui s’était passé à l’automne 2008. La réponse est évidemment non, ce qui signifie que les tailles du FESF et du futur MESF sont probablement mal calibrées. On sait, en effet, que ces tailles ont été fixées en fonction des besoins de financement connus des Etats. Mais des besoins additionnels et surtout inattendus de financement liés à la situation de certaines banques européennes, voire des besoins aujourd’hui « cachés » de certaines collectivités publiques (en Espagne et même en France) pourraient nécessiter un redimensionnement des fonds européens. |
Pour assurer un financement adéquat du dispositif de soutien à l'Europe, il faudrait mettre sur la table peut-être jusqu’à 2.000 milliards d'euros selon certains. Bien évidemment, cette somme ne serait pas dépensée et ce serait juste une réserve de liquidités.
Mory Doré Boursovision 07 / 2011 |
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